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LE BRUIT DU SOLEIL

L’autre jour, revenant de « Bordèu », j’ai quitté précipitamment l’autoroute de l’ennui rectiligne et ai repris la vieille route que j’empruntais naguère quand je lui rendais visite. Vers « Lo Mont-de-Marsan », la lande reprenait son souffle, l’après-midi s’étirait. Il faisait chaud. A l’horizon, la grande armée des « cumulus nimbus » s’impatientait. Là, lentement, je repensais à toutes les visites que je lui fis, à son sourire enfantin qu’il garda jusqu’à son dernier voyage. Je revoyais ce triste jour quand nous le portâmes en terre, « en sable » devrais-je dire, lui qui savait combien le Haut-Lana a la mémoire tenace de l’océan dont le fracas annonce toujours l’orage dévastateur… Trensacq n’a guère changé, tout au plus quelques nouvelles maisons de style «néo-landais ». Le grand virage, son église et sa grande place poussiéreuse où la foule attendait sa dépouille. Le souvenir était clair comme ses « dotz » (1) qui murmurent encore les secrets de son œuvre incomparable. Le 3 juin 2005, Bernat Manciet s’en alla et nous furent tous orphelins. Faut-il croire, comme je l’imagine, qu’il n’est pas parti, que son Dieu tout puissant lui a offert, en désespoir de cause, une éternité refusée à bien d’autres ? Je suis rentré dans sa dernière demeure, « lo segrat », la chaleur s’épuisait enfin. Si je n’avais pas ouvert les yeux, j’aurais pu encore lui dire ma gratitude. Qu’aurais-je fait sans lui ? Qu’auraient fait ceux qui lui demandaient de décrocher la lune pour blesser la nuit ? Le vent s’est levé, j’ai relu dans ma tête, un de ses sonnets (2) :

 

« Si mon païs se’n ua vela /se sembla es ent’anar entà tu/ t’avisèc lo vaishèth com paraulas parièras/ medish brut de sorelh/ e preu tristum aperat de nost’ vielhas des.hèistas/ d’eth avant s’esloishèc./ »

 

Si mon pays ressemble à une voile/ c’est pour aller vers toi/le vaisseau t’a reconnu à de semblables paroles/ un même bruit de soleil/ et appelé par la tristesse de nos anciennes défaites/a glissé lui-même.

 

 

 

 

 

1. Sources.

 

2. Sonets, éd. Jorn, 1996.

 

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