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  • DES MOTS /MOTS

     

    Mots

     

    Los mots. Non, n’ei pas lo roman de Sartre. Simplament los utilizats a cada instant tà ns’exprimir, tà’ns har enténer e compréner. Los mots tà díser, e tà non díser arren. Los mots de la demagogia, de l’impertinéncia... Los mots qui separan e reconcílian. Los mots d’un amor impossible. Los qui macan a jamei : còps de punh suu nas, la sang a la boca… L’insulta per desespèr d’aver dret. Los mots qui s’eslurran e s’espatarran suu trepader de la semantica e de l’incompreension. De la manipulacion. A plaser mes a de bonas, los mots que dançan au ritme de las mutacions pregondas qui espravam. ‘Rigor’ e ‘austeritat’ : que’s semblan com duas perletas de sudor. De sang, la medisha entà tots. A la França la rigor, a l’Espanha e la Grècia l’austeritat. Sordeish enqüèra, la relegacion sociau d’un pòple victima de la Troïka.

    Los mots que s’ac saben virar bèth. Ueratz ‘laïcitat!’, sortit deus cabinets deu covardèr o de la complasença, enfin reabilitat. Dijaus vrèspe passat, sus la rota, qu’escotavi France Culture. Un prumèr nom : Philippe De Jonckerre, fotografe. Que’ns parla d’un shòc de lectura. Un segond : Zalmen Gradowsky. Qu’estó membre d’un Sonderkommando, unitat especiau formada per detienguts judius a Auschwitz-Birkenau, qui’s relaiavan, nueit e dia, obligats de tirar los còrps de las crampas de gas, de’us bruslar dens los crematòris e de n’esbarrisclar las cenes. Qu’escrivó en yiddish aquera experiéncia de non pas díser, puish qu’arbohí lo manuscrit dens las cenes aqueras. De Jonckerre que conta quin tornè léger aqueth testimonatge (1) viengut de las tenèbras quan cossirè a Birkenau. L’autorota que desfila. Los pins a l’infinit, com ua armada negra e shebitejaira. Ua seuva de dolors e d’arcasts. Mots qui non son pas mei que mots, avertiments. Saumucs ? Los mots de la Shoah qui uns quants deus nostes conciutadans e refusan de prononciar.

     

     

    1. Des Voix sous la cendre, Livre de poche,

     

    Des mots

     

    Les mots. Non, ce n’est pas le roman de Sartre. Simplement ceux utilisés chaque instant pour nous exprimer, nous faire entendre et comprendre. Los mots pour le dire, et ne rien dire. Les mots de la démagogie, de l’impertinence... Les mots qui séparent et réconcilient. Les mots d’un amour impossible. Ceux qui blessent à jamais : Des coups de poing dans la gueule, le sang dans la bouche… L’insulte en désespoir de cause. Les mots qui glissent et s’étalent sur le trottoir de la sémantique et de l’incompréhension. De la manipulation. Lentement mais sûrement, les mots valsent au rythme des mutations profondes que nous subissons. « Rigueur » et « austérité ». Ils se ressemblent comme deux gouttes de sueur. De sang, le même pour tous. À la France la rigueur, à l’Espagne et la Grèce l’austérité. Pire encore, la relégation sociale d’un peuple victime de la Troïka.

    Les mots reviennent de loin. « Ueratz » (1) laïcité !, sorti des placards de la lâcheté ou de la complaisance, enfin réhabilité. J’écoutais, jeudi après-midi, sur la route, France Culture. Un premier nom, Philippe De Jonckerre, photographe. Il parle d’un choc de lecture. Un second, Zalmen Gradowsky. Il fut membre d’un Sonderkommando, unité spéciale constituée de détenus juifs à Auschwitz-Birkenau qui se relayaient jour et nuit, contraints d'extraire les cadavres des chambres à gaz, de les brûler dans les crématoires et d’en disperser les cendres. Il a écrit en yiddish cette expérience indicible et enfoui son manuscrit dans ces mêmes cendres. De Jonckerre conte comment il a relu ce témoignage (2) venu des ténèbres lors d’une seconde visite à Birkenau. L’autoroute défile. Les pins à l’infini, comme une armée noire et murmurante. Une forêt de douleurs et de reproches. Des mots qui ne sont plus que des mots, des rappels à l’ordre. Des sanglots ? Les mots de la Shoah que nombre de nos concitoyens se refuse à prononcer.