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  • SAUMES PAGANS, Marcèla Delpastre

    SAUMES PAGANS, Marcèla DELPASTRE

     

    Qu’arretrobèi, la setmana passada, dens lo n° 248, Ivèrn de 1974-1975, de la revista Òc, ua recension de Joan-Pèire Tardiu (que n’estó lo director après la despartida de Bernat Manciet, en 2005) suus famós Saumes Pagans de Marcèla Delpastre, qui sortivan de paréisher a la navèra colleccion, « Messatges » de las edicions I.E.O. Que’us lejoi tardivament, e, totun, qu’aví vist, per escunç, Marcèla Delpastre, bèth temps a, dens Apostrophes l’emission de Bernat Pivot. N’èri pas enqüèra atentiu a l’importància de la lenga d’Oc e non comprenoi los enjòcs de l’òbra qui m’èra presentada lavetz. Per çò qui ei de l’escrivana lemosina e de la soa produccion que trobèi ger un article publicat dens la revista Grilh, titolat Relégation au local et aspiration à l’universel, qui’nse balha un punt de vista interessant, hòra de la critica occitana :

     « Marcelle Delpastre (1925-1998) a passé toute sa vie dans une ferme de Corrèze. Tout en exerçant la profession d’agricultrice, elle est l’auteur d’une œuvre de grande envergure et très diversifiée (poésie, nouvelles, travaux d’ethnographie, mémoires...), en français et en occitan limousin, qui reste aujourd’hui encore très méconnue. Dans une première approche, on est en droit de considérer que l’écriture de Delpastre est on ne peut plus « localisé », par les genres abordés, les sujets traités, et aussi bien sûr par le choix de la langue limousine. Mais cette localisation factuelle n’est jamais séparable d’une visée universelle constamment affirmée, qui s’insurge contre toutes les assignations au local ou au régional. Delpastre, en effet, n’a cessé tout au long de sa carrière d’auteur, d’être en butte à l’humiliation constante d’assignations successives à des stéréotypes localistes : pastourelle limousine, écrivaine en sabot, etc. contre lesquelles elle s’est obstinée à revendiquer l’universalité du lieu singulier. à travers son œuvre et son itinéraire, il est possible de décrire une forme de conflit spécifique, par lequel une culture minorée, réduite au local, au régional, par opposition au national et à l’universel, revendique sa propre universalité et s’affirme à travers le refus de se reconnaître dans les stéréotypes dégradés que lui impose la culture dominante. »

     La recension de Joan Pèire Tardiu qu’ei solide desparièra ; que’ns parla d’ua òbra tròp sovent desconeishuda per la navèra generacion de lectors. Bèra part deus nostes condisciples occitanistas, d’ací e d’aulhors, non saben o non vòlen passar los limits de las lors lecturas costumèras. E òc, com ditz l’arreproèr francés, « L’habitude est une seconde nature ». Totun, lo viatge immobil qui ns’auhereishen los libes de tota traca, que’ns hè traucar las frontèras e los país, shens qu’ajam a mautà’nse. Que soi deus qui legen, hèra, bessè de tròp per’mor que’m pausi l’etèrna question : « E çò qui’m sobrarà, a la fin finala ? ». Los Saumes pagans de Delpastre que son d’aqueths obratges de compte har, qui avem l’obligacion de léger. Que s’i tròba mei que poèmas en pròsa, ua votz shens parion. Ua votz de hemna, tostemps combatenta contra la stigmatizacion, la soledat, lo mesprètz deus escrivans, jornalistas parisianistas o sucursalistas, monde qui se’n credèn e qui non suportavan briga la soa faiçon herotja de har rampèu. La votz d’ua paisana dont lo nom — ua beròja sincronicitat — e’ns ditz que çò qui’ns hè néisher e víver n’ei pas tostemps rasonabla. Un crit singular qui jamei non dèisha de ns’entercalhar au bèth pregond de la nosta amna. Joan Pèire Tardiu que ns’ac ditz, mei plan que lo vòste servidor :

    [] Si avetz auvit per cas la font e la granda aiga e la fuelha purar, lo marmús de l’èrba madura en los prats, podetz saber çò qu’ai a dire. Zó sabetz desjà. » Es atal que Marcèla Delpastre conclutz lo preludi a sos Saumes pagans. Pra’quò tota la seria dels poëmas en pròsa que constituisson lo recuèlh quitarà pas de nos revelar encara fòrça secrets. Se d’efièits lo poëta — e particularament lo poëta d’oc — despèrta al fons de nosautres de ressons, de reminiscéncias, de sensacions, es vertat tanben que caduna de sas paraulas demòra mai que mai una revelacion, dirècta e indirècta, sus sa pròpria personalitat, sus son èstre prigond. La canta del poëta es pas jamai un simple « catalisaire », es subretot rica d’una fòrça subjectiva prigonda que dona lor ample als tèmas evocats. Mas tot aquò es pas gaire novèl. Çò que o es mai e que contribuís a far l’originalitat de Marcèla Delpastre, es una vision d’ensems estonanta, que nais de l’acòrd gaireben perfièit entre tres menas de donadas de natura diferenta : lo tèma del païs dins la malaürança, que sas riquesas amagadas — las noirituras del poëta — son innombrablas, los sentiments prigonds, las ànsias e las gaugs que donan vida al poëma, e enfin çò d’essencial, qu’actualisa los dos aspèctes precedents — se sonava autres còps l’estil. L’estil : sintèsi definitiva que pòt rendre compte de la vision tota. Un estil volontàriament pesuc aicí, que cèrca de sasir la densitat dels moments, dels sentiments e de las causas en s’apesantissent sus èles, los mestrejant al prètz d’un esperfòrç que fin final aven sòrga de natural pr’amor que fòrabandís tot lirisme gratuit. []

     

    PSAUMES PAÏENS, Marcelle DELPASTRE

     

    J’ai retrouvé, la semaine dernière, dans le n° 248, Hiver 1974-1975, de la revue Òc, une recension de Jean-Pierre Tardif, (il en fut le directeur après la mort de Bernard Manciet) sur les célèbres Saumes Pagans (Spaumes païens), de Marcelle Delpastre, qui venaient de paraître dans la nouvelle collection, « Messatges », des éditions I.E.O. Je les ai lus tardivement et, pourtant, j'avais vu, par hasard, Marcelle Delpastre, il y a fort longtemps, dans Apostrophes, l'émission  de Bernard Pivot. Je n'étais pas encore soucieux de l'importance de la langue d'Oc et je n'avais pas compris les enjeux de l’œuvre qui m'était présentée alors. En ce qui concerne l'écrivaine limousine et sa production j'ai trouvé hier un article publié dans la revue Grilh, titré Relégation au local et aspiration à l'universel (qui pourrait à lui seul résumer notre éternelle condition d'auteurs d'expression occitane), qui nous donne un point de vue intéressant, hors de la critique occitane : « Marcelle Delpastre (1925-1998) a passé toute sa vie dans une ferme de Corrèze. Tout en exerçant la profession d’agricultrice, elle est l’auteur d’une œuvre de grande envergure et très diversifiée (poésie, nouvelles, travaux d’ethnographie, mémoires...), en français et en occitan limousin, qui reste aujourd’hui encore très méconnue. Dans une première approche, on est en droit de considérer que l’écriture de Delpastre est on ne peut plus « localisé », par les genres abordés, les sujets traités, et aussi bien sûr par le choix de la langue limousine. Mais cette localisation factuelle n’est jamais séparable d’une visée universelle constamment affirmée, qui s’insurge contre toutes les assignations au local ou au régional. Delpastre, en effet, n’a cessé tout au long de sa carrière d’auteur, d’être en butte à l’humiliation constante d’assignations successives à des stéréotypes localistes : pastourelle limousine, écrivaine en sabot, etc. contre lesquelles elle s’est obstinée à revendiquer l’universalité du lieu singulier. à travers son œuvre et son itinéraire, il est possible de décrire une forme de conflit spécifique, par lequel une culture minorée, réduite au local, au régional, par opposition au national et à l’universel, revendique sa propre universalité et s’affirme à travers le refus de se reconnaître dans les stéréotypes dégradés que lui impose la culture dominante. »

    La recension de Jean-Pierre Tardif est bien évidemment différente; il nous parle d’une œuvre trop souvent méconnue par la nouvelle génération de lecteurs. Une bonne partie de nos condisciples occitanistas  d’ici e d’ailleurs, et, tout particulièrement, les non occitanophones, ne savent pas passer les limites de leurs habituelles lectures. Et oui, comme dit l’adage français, « L’habitude est une seconde nature ». Pourtant, le voyage immobile, que nous offrent les livres de toutes sortes, nous fait traverser toutes les frontières et les pays, sans que nous ayons à nous déplacer. Je suis de ceux qui lisent, beaucoup, sans doute trop parce que je me pose toujours la même question: "Finalement, que m'en restera-t-il ?" Les "Psaumes païens"  de Delpastre est de ces ouvrages incontournables que nous avons l’obligation de lire. On n’y trouve bien plus que des poèmes en prose, une voix sans pareille. Une voix de femme, toujours combattante contre la stigmatisation, la solitude, le mépris des écrivains, journalistes parisianistes ou succursalistes, personnes présomptueuses, qui ne supportaient nullement sa façon de faire face avec courage et pugnacité. Une voix d'une paysanne dont le nom — une belle synchronicité — nous dit que ce qui nous fait naître et vivre n’est pas toujours raisonnable. Un cri singulier qui jamais ne laisse de nous interpeller au plus profond de notre âme. Jean-Pierre Tardif que nous conte tout, bien mieux que votre serviteur :

    [] Si vous avez entendu par hasard la  source et la grande eau et la feuille purifier le murmure de l’herbe mûre dans les prés, vous pouvez comprendre ce que j'ai à dire. Vous le comprenez déjà. » C'est ainsi que Marcelle Delpastre conclue le prélude à ses Psaumes païens. Cependant, toute la suite des poèmes en prose qui constituent le recueil ne laissera de nous  révéler nombre de secrets. Si en effet le poète — et particulièrement le poète d’oc — réveille au fond de nous des échos, des réminiscences, des sensations, il est vrai aussi que chacune de ses paroles reste surtout une révélation, directe et indirecte, sur sa propre personnalité, sur son être profond. Le chant du poète n'est jamais un simple « catalyseur », il est surtout riche d’une force subjective profonde qui donne leur ampleur aux thèmes évoqués. Mais tout ceci n'est guère nouveau. Ce qui l'est plus et qui contribue à faire l’originalité de Marcelle Delpastre, c'est une vision d'ensemble étonnante, qui naît de l'accord presque parfait entre trois sortes d'éléments de nature différente : le thème du pays dans le malheur, ses richesses cachées — les nourritures du poète sont innombrables —, les sentiments profonds, les inquiétudes et les joies qui donnent vie au poème, et enfin l'essentiel, qui actualise les deux aspects précédents — cela s'appelait naguère le style. Le style : synthèse définitive qui peut rendre compte de la vision intégrale. Un style volontairement pesant ici, qui cherche à saisir la densité des moments, des sentiments et des choses en s’appesantissant sur eux, les maîtrisant au prix d’un effort violent qui, finalement, tient tête au naturel car il exclut tout lyrisme gratuit. [